Wilhelm Kempff a eu Heinrich Barth, lui-même élève de Hans von Bülow, pour professeur à la Hochschule de Berlin.
Dans l'ouvrage « Conversations », qui va paraître en français, il revoit le temps où le piano romantique vivait encore à travers ses derniers représentants et évoque ses pairs : Arthur Rubinstein, Dinu Lipatti, Edwin Fischer, Eduard Erdmann, et Elly Ney. (Le Monde de la musique 1990)
W. K [..]....Durant trois années, entre quinze et dix-huit ans, je suis resté sans professeur car Barth voulait que j'interrompe mes études générales. Il me disait : « Mon jeune ami, tu ne deviendras jamais un bon pianiste si tu n'acquiers pas, dès maintenant, pendant ces années cruciales, une solide formation technique. » Ce en quoi il avait, d'une certaine manière, raison. Mais il se trompait, car Homère, Eschyle et Euripide, loin de me faire totalement renoncer au piano, m'aidèrent à prendre réellement conscience de mes dons créateurs.[...] Je finis par retourner à la Hochschule. Pour y être à nouveau admis, je devais passer une nouvelle audition devant tous les professeurs. Pour y être à nouveau admis, je devais passer une nouvelle audition devant tous les professeurs réunis. J'avais choisi de jouer la dernière sonate de Beethoven. Barth redoutait cet examen. Ernst von Dohnányi applaudit dès que j'eus finit de jouer, ce qui suscita chez Barth ce commentaire : « Mon jeune ami, nous aurions pu éviter cet écueil ». Il écrivit ensuite une lettre d'excuses à mon père. Barth était un homme très droit. Il était pianiste à la cour du roi de Prusse et respectait l'étiquette jusque dans ses classes. J'ai un jour rencontré Arthur Rubinstein, à Paris, et nous avons échangé quelques souvenirs communs. Il les commenta avec beaucoup d'humour et rendit justice à notre professeur. Barth était avant tout un pédagogue, ce qui n'était certainement le cas ni de Liszt, ni de Bülow. Bülow — qui fut le professeur de Barth — et Liszt avaient de fortes personnalités. En l'espace d'une heure, Liszt était capable de modifier la vision que ses élèves avaient de la vie. Ils repartaient sans comprendre ce qui leur était ... métier d'une façon qui, pour moi, était capitale. Il avait lui-même composé un certain nombre d'exercices techniques, pour les tierces chromatiques et diatoniques par exemple. J'ai malheureusement perdu ces exercices au cours des nombreux événements de ma vie, et notamment à la suite des bombardements de Berlin. Barth était relativement autoritaire mais c'est ce dont nous avions besoin. J'ai récemment rencontré en Islande et en Norvège quelques-uns de ses anciens élèves ; tous ont loué sa fidélité absolue à l'œuvre. Il s'effaçait complètement devant le texte, même dans les sonates de Beethoven. On avait toujours l'impression que l'étiquette classique collait parfaitement à son personnage. Cela, il le devait à Joseph Joachim avec lequel il voyageait souvent et jouait en duo, ou bien en trio, avec le violoncelliste Robert Hausmann. Barth aimait beaucoup les sonates de Scarlatti et avait un très beau jeu perlé. Jamais il n'est allé au-delà d'un certain forte. Son jeu était totalement maîtrisé. Il avait d'excellents doigts et prétendait que Bülow avait un quatrième doigt très faible. Il l'avait remarqué aux doigtés qu'il utilisait et aux différents conseils qu'il donnait pour jouer les trilles dans le dernier mouvement de la Sonate «Waldstein »,
trilles qu'il ne pouvait exécuter ni avec le quatrième, ni avec le cinquième doigt. Avec Barth, nous devions bien sûr triller tout en faisant ressortir la mélodie, le cantus firmus. Les trilles devaient sonner comme s'ils étaient joués par une autre main. Barth les décomposait généralement en triolets pour que le poids soit mieux réparti. [...] Je suis davantage un inspirateur q'un grand pédagogue. Pour mes cours à Positano — où aucun auditeur n'est admis — je sélectionne un maximum de quinze pianistes. Lors de mes nombreux voyages, j'ai eu, bien sûr, l'occasion de découvrir avec intérêt de jeunes talents. C'est ainsi que le jeune Dinu Lipatti, âgé de quatorze ans, a joué pour moi à Bucarest. Je l'ai par la suite entendu chaque année chez le grand chef d'orchestre Georges Georgesco. J'ai donc eu la chance d'assister à l'éclosion de l'un des plus grands talents de l'époque. Dinu Lipatti nous a malheureusement quittés beaucoup trop tôt : c'est là une des plus grandes pertes qu'a connues le monde pianistique. Edwin Fischer, Walter Gieseking, Eduard Erdmann, Elly Ney et moi-même avons autrefois enseigné ensemble au Deutsche Institut fur Ausländer à Potsdam, dont le directeur était le professeur Schünemann. Je voulais éviter que les professeurs qui enseignaient dans cet institut privé ne donnent en même temps des cours à l' Université ou à la Hochschule. Je ne voulais pas qu'ils puissent appliquer les critères qui y étaient en vigueur. Mes élèves pouvaient aller écouter Fischer, Erdmann, Gieseking ou Elly Ney. Il ne serait jamais venu à l'idée de l'un d'entre nous de dire à ses élèves : « N'écoute pas trop les cours de mes confrères ». Nous estimions que c'était au contraire très formateur. On n'écoute jamais assez de grands interprètes pour réaliser combien il existe de manières différentes d'aborder une œuvre [...] Je suis issu d'une famille de pianistes et je crois que mes ancêtres m'ont épargné une partie du travail. J'ai pu commencer là où ils s'étaient arrêtés. Pour moi, le mot « travailler » signifie : « Je peux maintenant me mettre à mon piano ». Il n'a jamais été synonyme d'obligation. Au cours de certains concerts, j'ai tout misé sur une seule carte, libre. Je peux vraiment m'en remettre au moment présent. Tant que l'on en est capable et que l'on a la faculté de s'émouvoir, on ne sent pas son âge. Pouvoir encore sentir le premier chant du merle, son âge. Pouvoir encore sentir le premier chant du merle, ou ce qui est éternel, est une chose merveilleuse...
Nota: H.Neuhaus, in gioventù studiò a Berlino con Karl Heinrich Barth (1847-1922), un pupillo di Carl Tausig ed Hans von Bülow: nelle sue memorie edite da Sellerio - a cura di Valerij Voskobojnikov - leggiamo anche che preparò con l'insegnante "prussiano" la "Kreisleriana" di Schumann 1) -audio- 2), così tanto ammirata da Richter che, ascoltata in concerto dal suo maturo Maestro, ne fu talmemente sconvolto dalla sua bellezza che non la mise mai in repertorio. In seguito, come sappiamo, Neuhaus studiò anche con Leopold Godowsky, a Vienna.
↪ Wilhelm Kempff incontrò Sviatoslav Richter al Festival di Menton