Letture consigliate dal Blog nel Centenario della nascita di Sviatoslav Richter
"Du côté de chez Richter"
Conversations, di Youri Borissov. Tradotto dal russo da Serge Kassian e Janine Lévy, prefazione di Bruno Monsaingeon. Actes sud 2008
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"S u r C h o p i n"
(pages 232-234)
- Sur les Quatre Ballades op. 23, op. 38, op. 47, op. 52
Quand tu les joues l'une après l'autre, tu as la sensation de t'élever dans les airs, dans quelques couches de l'atmosphère. Quatre ballades... quatre firmaments. Première Ballade : des pécheurs, des âmes pécheresses. Tout ce qui est couvert de nuages. Au milieu c'est très passionné : chacun se rappelle quelque chose, son péché le plus doux. Dans le Presto con fuoco, le vent souffle et dissipe les nuages... En 1968, au Printemps de Prague, ça a été une catastrophe. Je n'ai jamais aussi mal joué cette Première ballade.
Dans la Deuxième Ballade, nous nous élevons encore, comme en ascenseur. C'est un ciel, gâché par des avions. Je les déteste. Les trilles avant l'Agitato : je vole en avion et me grise de whisky. Vous êtes venu me chercher une fois, non ? Vous vous rappelez comment j'étais ? Dans quel état...
En 1960, à Prague également, j'ai joué ces quatre ballades. Pas mal du tout. Quand j'ai terminé la deuxième, ils ne s'en sont pas aperçus et n'ont pas applaudi. Puis, tout à coup, quelqu'un a réagi mais je n'étais déjà plus là.
Le troisième firmament est en la bémol majeur. Des esprits vierges ! Très attentifs, passionnés... Il n'y a rien à dire d'eux, en fait. Mais au point culminant, quand quelque chose les a vexés, on se sent mal à l'aise, et même en danger.
Dans le quatrième firmament (la Ballade en fa mineur), il n'y a que des coccinelles et des musiciens ! À part eux, personne ! Pourquoi des musiciens ? C'est normal. Le ciel est tissé de claviers, et l'homme de sept notes. Chaque note soigne quelque chose. Le ré bémol majeur est le meilleur remède contre la migraine. Quand j'ai joué pour Nina Lvovna le Prélude en rébémol majeur, elle s'est sentie mieux. Je sais qu'on soigne l'allergie avec un simple ré majeur, et le coeur avec un si bémol majeur. Seulement moi, pour jouer la Onzième sonate de Beethoven.
Dans le stretto de la Quatrième Ballade on se rapproche du Trône. Il faut tenir longtemps le point d'orgue pour que le petit nuage laiteux le découvre. Mais le Trône Lui-même est vide.
La coda doit se jouer comme on tombe dans un précipice. Il faut dégringoler du point le plus haut. Qu'on te précipite à terre, c'est n'est pas grave, c'est même plutôt...plaisant ! Je voudrais toujours vivre là !
Avant de se jeter sur la coda, il faut retenir son souffle pendant 47 secondes. Et il faut prendre exactement le même temps pour la jouer, pas moins ! Et tout jouer "d'en haut", ne pas "coucher" le doigts. Et ne pas respirer ! Il faut que tout le monde soit emporté par une trombe.
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