Il Blog nel Centenario della nascita di Sviatoslav Richter
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Rembrandt, Danaé. 1636 |
Je ne suis pas absolument bête, mais pas talentueux pour penser, par faiblesse ou par paresse ; je ne sais que réfléchir : je suis un miroir. Sviatoslav Richter
LE MONDE DE LA MUSIQUE 1989
D'égal à sa passion et à sa nervosité, que son sang-froid. Dans telle loge, avant qu'il n'entre en scène, on lui présente une lettre atroce d'un vieil ami, outrageuse et par là-dessus lui annonce qu'un fou vient de lacérer une toile de Rembrandt du musée de l'Ermitage, Danaé, qu'il juge la meilleur sans doute et qui trônait dans son panthéon artistique. Une fureur l'envahit, la même qu'il éprouva pour le jeune assassin de Pasolini, qu'il eût lynché avec plaisir, car ce n'est pas l'homme qu'on avait abattu, mais l'art, qui prime l'homme. Après le concert, il décide qu'une telle lettre, on ne peut que l'ignorer, mieux, ne l'avoir pas reçue. Peu après, il en retrouve l'auteur et leur amitié de près de quarante ans reprend comme si de rien n'était. Nous nous exaltons de paroles acerbes qui s'appellent l'une l'autre, à un tiers ou en nous-mêmes, que nous y roulons incessamment, sur un être aimé auquel elles nous livrent liés dans des chaînes de haine mais par en-dessous cette effervescence factice gisent les sentiments vrais qui nous y attachent.
Il se fait que le mal que nous disons — souvent par légèreté — des êtres que nous aimons, où sommes censés aimer, trame un retour vers eux, et nous y rattache.
Du moment qu'on ne peut, ou ne veut se passer d'un sentiment pour un être, quoiqu'il ait fait on poursuit de l'aimer, en dépit de lui, et de soi.
Du moment qu'on ne peut, ou ne veut se passer d'un sentiment pour un être, quoiqu'il ait fait on poursuit de l'aimer, en dépit de lui, et de soi.
La logique n'existe pas pour moi, je flotte sur des vagues qui se recouvrent d'art et de vie, et ne saurais toujours bien démêler ce qui ressortit à l'une et à l'autre ou qui l'emporte d'elles deux. Si c'est la vie, elle se déroule en moi à la manière d'un théâtre qui me présente une collection de sentiments quelque peu irréels, quand les choses de l'art ont tant de réalité et me vont droit au cœur. Pourtant, comme je suis plein de souffrance et de peurs !
Des pensées et des images tristes et sauvages...Il m'arrive de n'avoir pas peur avant le concert, dont je m'inquiète, car c'est signe d'indifférence : je ne suis rien qu'un homme de concert et les jours du concert comme une victime isolée dans les affres d'une catastrophe imminente. Je n'avais pas peur avant mon récent concert de Paris, Salle Pleyel, non, je n'étais que méchant et davantage à mesure que les œuvres se déroulaient, sans que je pusse trouver la concentration : je n'en serai jamais maître : voilà mon vice capital. Il est des jours où tout ce qu'on profère sonne faux, jusqu'à ce qu'on croie n'avoir soi-même plus rien de vrai, et se condamne au silence et à l'impuissance. Au dernier concert de Londres, j'étais dépourvu de tout sentiment, n'étais que chaos, et n'avais qu'horreur pour ce programme — et toute musique.
Je lui rapporte qu'un critique italien a jugé indigne de Richter qu'il jouât ces deux morceaux « débiles », dont tout son génie, n'en pourrait que faire, l'Introduction et Rondo à la burlesque, et la Mazurka élégiaque de Benjamin Britten.
(Mêmement, dans sa louange du concerte de musique contemporaine, à Pleyel, un critique exclut les deux préludes et fugues de Chostakovitch, mis au pinacle par l'un des premiers critiques autrichiens après le même programme à Vienne.)
Mais voyons, ce sont là deux petites pièces de jeunesse de Britten, sans prétention
mais jolies, comme il en existe chez tous les compositeurs, qui ouvraient convenablement le concert pour deux pianos — formation par ailleurs de répertoire bien pauvre — et reçues toujours avec la faveur du public. Bah !
II faut bien critiquer et rejeter quelque chose... Mais ne désespérons pas que les critiques ne finissent par m'ouvrir les yeux, et les oreilles, et qu'il ne m' apparaisse sur le tard qu'ils comprennent mieux la musique que moi !
Ils lui font leurs critiques qu'ils imaginent qui rehaussent les compliments, et eux- mêmes, en les sauvant de trop d'admiration. On aime à critiquer, par où on croit avoir du jugement et à louer, par où on croit n'avoir pas d'envie. On place très haut son admiration, jusqu'à s'agréger à ce qu'on admire et de cette crête où l'on enlace son idole, l'on jette un regard méprisant sur le reste du monde.
(Mêmement, dans sa louange du concerte de musique contemporaine, à Pleyel, un critique exclut les deux préludes et fugues de Chostakovitch, mis au pinacle par l'un des premiers critiques autrichiens après le même programme à Vienne.)
Mais voyons, ce sont là deux petites pièces de jeunesse de Britten, sans prétention
mais jolies, comme il en existe chez tous les compositeurs, qui ouvraient convenablement le concert pour deux pianos — formation par ailleurs de répertoire bien pauvre — et reçues toujours avec la faveur du public. Bah !
II faut bien critiquer et rejeter quelque chose... Mais ne désespérons pas que les critiques ne finissent par m'ouvrir les yeux, et les oreilles, et qu'il ne m' apparaisse sur le tard qu'ils comprennent mieux la musique que moi !
Ils lui font leurs critiques qu'ils imaginent qui rehaussent les compliments, et eux- mêmes, en les sauvant de trop d'admiration. On aime à critiquer, par où on croit avoir du jugement et à louer, par où on croit n'avoir pas d'envie. On place très haut son admiration, jusqu'à s'agréger à ce qu'on admire et de cette crête où l'on enlace son idole, l'on jette un regard méprisant sur le reste du monde.
L'amour exclusif des plus grands est l'occasion de dédaigner les moindres, c'est- à-dire de se croire supérieur à qui encore nous dépasse, tout en n'étant pas envieux. Il y a telle admiration impure qui réjouit le critique et rejoint la critique, en permettant de mépriser ce que l'on n'admire pas. On fait souvent du bien pour pouvoir faire impunément du mal. (La Rochefoucauld)
L'on aime à trouver par où l'on se donne de l'importance, des raisons complexes et mystérieuses — lesquelles souvent concordent avec l'idée que l'on se fait d'eux sans en vouloir démordre — aux actes des autres, confondus de les apprendre, dont la source n'avait été que caprice ou hasard.
Le Monde de la musique 1989. Photo Decca
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